Le Yoga

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Ce matin, on jouait tranquillement à se poursuivre en trottinette dans l’appartement en tirant une ficelle derrière nous pour que Wasabi, notre chat, nous suive quand à un moment, on a raté le virage de notre chambre et on a continué tout droit dans la porte du bureau de Maman qui ne nous entendait pas rouler dans la maison parce qu’elle travaille toujours avec un casque avec de la musique sur les oreilles parce qu’on rigole souvent très fort quand on est à la maison et que, comme ça, ça la dérange pas trop dans son travail.

Mais là, tout d’un coup, ça l’a super surprise parce que, des fois, on tape un peu dans les portes sans faire exprès et ça s’entend parce que nos portes sont pas très épaisses, mais là Tina elle est carrément passée à travers la porte avec sa trottinette et Maman qui était en train de colorier un dessin au pinceau, elle a eu tellement peur qu’elle a fait un grand trait sur son dessin et elle a tapé dans la table, par dessous, avec ses genoux et ça a fait sauter le verre d’eau et ses petits pots d’aquarelle qui ont volé partout dans la pièce et sur son chemisier blanc qu’elle adore.

Faut dire que j’avais jamais entendu un bruit pareil depuis la fois où Papa, il est monté sur un vieil échafaudage dans le jardin de Mamie Margareth qui lui avait dit de pas faire le singe et de pas monter dessus. Et Papa il a fait le singe, il est monté dessus et la planche a craqué très fort et il est tombé les fesses dans les rosiers de Mamie Margareth. Tina, elle faisait la même tête que Papa, elle était toute surprise avec de grands yeux ouverts et à se frotter la tête, mais elle avait mal nulle part. Elle est trop costaud ma grande sœur.

Moi, j’arrêtais pas de rigoler parce que je voyais bien que Tina allait bien, mais c’était trop drôle, parce que d’un côté de la porte, il y avait ses fesses et de l’autre ses bras et sa tête et la trottinette qui lui a permis de pas taper la porte la tête la première. Ca faisait comme les chats qui ont les fesses trop grosses pour passer dans les trappes à chat et qui restent coincés.

Tina elle s’est mise aussi à rigoler avec Wasabi qui venait la renifler, mais Maman, elle rigolait pas du tout, du tout alors du coup, on a décidé que ce serait peut être une bonne idée d’arrêter de rigoler immédiatement parce que quand Maman est en colère comme ça, il vaut mieux pas l’énerver encore plus parce que généralement, ça finit pas super bien pour nous.

Bon, de toute façon, ça a pas tellement mieux fini que si on avait continuer à rigoler parce que après avoir vérifier que Tina n’avait rien à la tête, aux yeux, au nez, à la bouche et partout ailleurs, Maman, elle s’est mise à hurler et à dire qu’on était malades, intenables, que ça allait pas bien dans notre tête de rouler aussi vite dans l’appartement et que Tina aurait pu se faire très, très mal, et elle nous a demandé si on avait appris à freiner, comment on allait faire avec la porte de son bureau maintenant et pour son dessin et pour la moquette qui était pleine de taches de peinture et comment il fallait faire pour décoincer Tina qui avait toujours les fesses d’un côté de la porte et la tête de l’autre ?

Elle nous a dit d’aller dans notre chambre jusqu’au déjeuner et qu’on verrait l’histoire de la porte avec votre père ce soir et quand elle dit « votre père » à la place de « Papa », c’est qu’on sait déjà que ce qu’on va lui raconter, ça va pas beaucoup, beaucoup lui plaire à Papa.

Quand Maman nous a appelés pour le déjeuner, on lui a demandé immédiatement pardon et on lui a dit qu’on était désolés , que c’était l’ivresse de la course et qu’on s’était laissés emporter et que peut-être que c’est pas si grave pour la porte et que si on mettait un grand carton blanc à la place du trou, ça se verrait peut-être plus. Maman, elle m’a d’abord demandé où j’avais entendu l’expression l’ivresse de la course et je lui ai dit que c’était quand Papa a renversé la lampe du salon en jouant à son jeu de voitures sur la télévision et qu’il avait dit ça à Maman même qu’elle avait levé les yeux au ciel en disant que son mari était complètement dingue et qu’il avait intérêt à ramasser la lampe et à la réparer parce que c’était un cadeau.

Elle nous a dit qu’elle acceptait nos excuses, mais qu’elle en avait assez de nous dire quarante mille fois la même chose, mais qu’ elle avait même une expérience à faire sur nous pour voir si on pouvait arriver à canaliser notre énergie. On lui a demandé ce que ça voulait dire canaliser. Elle nous a dit que notre énergie à nous elle sortant comme l’eau de la pomme de douche, dans tous les sens et très vite, mais qu’elle voudrait plus que notre énergie ressemble à un robinet, des fois ça sort très vite et très fort et d’autres fois tout doucement. En fait, on a dit à Maman, tu veux qu’on devienne comme des robinets. Et elle a dit exactement et que pour ça, elle allait nous emmener à son cours de yoga, cette après-midi.

Après le déjeuner où on a mangé du poisson et des haricots verts sans discuter même si on n’aime pas beaucoup ça, elle nous a dit d’attraper nos affaires de sport et on a été à son cours. Et il y avait que nous et des mamans de l’âge de Maman et Maman nous a présenté à sa prof qui nous dit que Maman lui avait beaucoup parlé de nous et qu’elle avait des exercices très bien pour nous apprendre à ne pas sortir notre énergie comme de l’eau qui sort très fort d’un tuyau d’arrosage. Ou d’une pomme de douche on a dit très fort en levant les bras au ciel en rajoutant qu’on allait essayer d’être des robinets très sages.

La prof de Maman, elle nous a regardés, elle a regardé Maman et elle a dit qu’on allait commencer le cours.

C’est super le cours de yoga parce que ça se passe dans une grande salle avec du parquet, de la lumière douce et des tapis par terre et la prof elle se met en face de tout le monde et elle fait des poses marrantes qu’elle appelle avec un nom d’animal ou d’arbre, ou de vent ou d’autre chose même si la position, ça n’a pas grand-chose à voir avec l’animal ou le truc dont elle parle. Il faut essayer de refaire la position et de bien respirer pour ne plus bouger après. Nous, on s’est installés au fond de la salle, pour voir Maman mais aussi pour la laisser faire son cours tranquille et aussi pour bien regarder toutes les dames pas très très souples quelquefois qui essayaient de garder leurs positions, mais elles y arrivaient pas toujours.

Au départ, il fallait rester les jambes croisées, les fesses posées sur le sol et le haut du corps très droit et respirer très lentement sans faire de bruit. Mais c’est beaucoup trop dur parce que quand on s’est regardés avec Tina, on a eu tout de suite envie d’éclater de rire parce que moi, j’ai fait comme si je retenais ma respiration et je suis devenu tout rouge et, elle fermait les yeux pour ne pas me regarder pour pas rigoler, mais à chaque fois, elle ouvrait un oeil pour regarder ce que je faisais. Et du coup, à chaque fois ça me faisait rire, mais pas trop fort parce que sinon, j’allais déranger tout le monde dans la pièce.

Ensuite, on a fait la chandelle et ça la chandelle on connait très bien avec Tina parce qu’on l’a souvent fait sur le lit de Papa et Maman à la maison même si on avait pas trop le droit. La chandelle, il faut se coucher par terre, puis ensuite on lève les jambes et les fesses le plus haut possible vers le ciel en gardant les épaules sur le sol. Et il ne faut plus bouger du tout et respirer tout doucement et là on est trop forts aussi. Bon sauf que là on a fait un concours avec Tina parce que comme on arrivait trop bien à la faire, c’était trop facile. Alors, sans faire de bruit, j’ai été chercher mon manteau et le manteau de Tina et mes chaussures et les chaussures de Tina et on a fait le concours de celui qui gardait l’équilibre avec le plus de trucs sur les pieds en l’air. Et comme ça, très vite, Tina elle a gagné parce qu’elle avait au moins six ou huit manteaux de dames dans la salle et leurs chaussures et leurs sacs qui tenaient en équilibre. C’est juste quand tout est tombé par terre que les dames se sont retournées et que nous, on a été remettre les affaires là où on les avait trouvées.

Ensuite ça a été la partie la plus drôle parce qu’il fallait imiter des positions d’animaux et il fallait que ça ressemble vraiment à un animal, mais sans faire de bruit. Sauf que c’est pas super logique elle m’a dit Tina parce que les animaux normalement, ils sont un cri. C’est pour ça qu’on a commencé doucement à faire des petits cris dans notre coin, mais tout doucement pour pas que les autres entendent et pour pas les déranger. Mais le soucis, c’est que ça nous faisait tellement rigoler que les cris, on les a poussés de plus en plus fort et à un moment, Maman elle est venue nous voir et nous a dit de faire nos exercices en silence parce que le bruit de la cigogne ça allait, mais les hurlements de cochons en plein milieu du cours, c’était un peu limite quand même.

Nous on a dit ok et on a essayé de continuer en silence et j’ai trouvé une solution, c’était d’imiter des objets parce que les objets, ça fait pas de cris du tout. Alors, on a fait un jeu pour faire deviner à l’autre ce que c’était comme objet et des trucs comme un canapé ou une chaise ou une table basse ça va, mais quand on fait une télévision on est bien obligé de prendre une voix sérieuse et d’imiter le journal de 20h, même en parlant tout doucement.

C’est comme ça que j’ai fait deviner à Tina le réfrigérateur qui fait toujours un petit bruit de ressort, les toilettes quand on tire fort la chasse ou quand on fait caca assis dessus, c’est comme ça qu’elle a deviné Tina, puis elle a trouvé aussi le mixeur de la cuisine, la litière de Wasabi notre chat, ma lampe de bureau. Puis Tina, qui imite trop bien les trucs, elle a réussi à me faire deviner mes rollers, notre console de jeu, le four, le lit superposé, mais là où j’ai éclaté de rire c’est quand elle a imité la porte du bureau de Maman en faisant comme si elle était coincée comme tout à l’heure, avec les fesses d’un côté et la tête de l’autre.

Et comme on était super concentrés sur nos imitations, on s’est pas rendu compte que les dames et Maman, elles avaient fini le cours et elles nous regardaient depuis 5 minutes en rigolant en silence pour pas nous déranger et elles ont dit à Maman qu’elles avaient jamais vu un petit frère et sa grande soeur s’entendre aussi bien et inventer autant de bêtises et qu’on devrait faire du théâtre parce qu’on était vraiment drôles tous les deux.

Quand Maman elle nous a dit ça à la fin du cours, qu’on devrait faire du théâtre, on lui a dit qu’on était beaucoup trop timides pour en faire, mais que par contre le yoga, on avait bien rigolé et la dame qui était à côté d’elle, elle imitait trop bien le chat coincé dans un arbre qui miaulait pour descendre. Maman elle a répondu que normalement, c’était plutôt une cigogne qu’un chat dans un arbre, mais qu’elle lui dira au prochain cours. On lui a demandé si on pouvait revenir avec elle la prochaine fois, mais elle a dit qu’elle était pas trop sûre parce que quand on est là, on a plus l’impression d’être au théâtre qu’au yoga et qu’on vraiment trop envie de regarder. Mais que si on faisait du théâtre un jour, peut-être qu’elle viendra avec nous parce que comme ça, elle arrivera peut-être à faire du yoga en nous regardant. On sait jamais.